Joëlle
Lettre ouverte au préfet de mon département
Le 25 Novembre 2006
Dans mes lettres des 13 et 14 novembre dernier, je vous priais
d'accepter ma démission de toutes mes fonctions municipales,
vous signalant brièvement que c'était pour des raisons
éthiques, sans plus de détails.
Je ne partirais cependant pas sur un silence qui pourrait s'assimiler
à de la complicité. Je tiens donc à
détailler toutes les motivations qui m'ont conduite à cet
acte.
Il se trouve, M. le Préfet, que septembre et octobre 2006 ont
fait passer sous mes yeux une kyrielle de disfonctionnements majeurs
dans tous les domaines de mon activité sociale et
médicale.
Ces incohérences répétées et inacceptables
m'ont faite entrer dans une rouge colère bien justifiée !
Au nombre de ces incohérences, commençons par le CAF !
La CAF qui CAF-ouille !
La Caisse d'Allocations Familiales nous a fortement incités,
après évaluation des besoins de la population communale,
à ouvrir plusieurs structures pour la petite enfance. Elle a
aussi soutenu le projet ambitieux d'un espace pour les adolescents et
les jeunes adultes. Nous avons signé avec cet organisme, le 18
juin 2003, un contrat petite enfance et temps libre qui finance 66% de
la dépense de fonctionnement de ces nouvelles structures.
En contrepartie, la CAF s'appropriait la tarification aux familles.
Nous n'avons donc d'autres moyens de faire vivre ces structures que par
les subventions municipales et de la CAF.
Novembre 2006 : le renouvellement des contrats tarde à venir et
les exigences de ces contrats ont du mal à se préciser.
Il semble en ressortir de toute façon une baisse de la
participation CAF à 55% des dépenses (- 11 points !)
dès 2006, avec une baisse supplémentaire de 3 points tous
les ans ! Mais les conditions d'octroi deviennent, elles, si
drastiques, qu'en finalité, les municipalités ont tous
les risques de voir leurs structures tout simplement privées des
subventions officiellement ratifiées ! Grand risque de
fermetures en chaîne des structures « petite enfance
», même les plus récentes.
Dans le même temps, j'entends, comme effet d'annonce, dans les
médias : « ouverture de 20000 à 30000 places de
crèches… ! » … Oui, si la CAF a l'intention
de se désinvestir des structures publiques pour déplacer
son (notre) fric sur des structures privées de crèches
d'entreprise, projet cher du fils-clône de M. Fabius, le monsieur
du sang contaminé !?
Où a-t-on l'intention de mettre l'argent public dans ce pays ??? Grosse interrogation écrite M. le Préfet !
Passons au RMI (toujours la CAF)
Mes attributions municipales exigeaient un suivi des "Rmistes". Ne
sachant pas ce que ce suivi sous-entendait, j'ai missionné sur
le sujet une jeune administrative, très vite passionnée
par cette interrogation. Elle devait s'informer partout : DIDAMS,
CAF, et autres CMAS ; bref, tous les interlocuteurs qui
détiennent des informations et/ou instructions sur ce fameux
suivi CMAS du RMI. Et c'est là que nous tombons sur des
disfonctionnements majeurs !... Je passe sur la difficulté
d'avoir une information cohérente auprès de la CAF par
téléphone ; nous n'avons pas l'outil informatique «
cafpro », donc nous devons en passer par la
téléphonie. Ma pauvre Chrystelle se « prend la
tête » littéralement pour trouver un fil conducteur
! Elle s'aperçoit en bref que la CAF l'interroge sur des
personnes que nous ne connaissons pas, qui ont quitté notre
commune et qui échappe totalement à un quelconque suivi !
Il serait facile de faire faire des économies au Conseil
Général, aujourd'hui payeur du RMI à la CAF ! Il
suffirait d'imposer à cette dernière de n'accepter que
des dossiers estampillés par la DIDAMS et les CMAS, en donnant
des ordres simples et clairs aux CAMS sur le suivi du RMI. On pourrait
alors parler de suivi, et envisager, à terme, un RMA en
formalisant des projets de reprise d'activité sur des
difficultés sociales bien appréciées ! Sortir du
flou artistique du dépôt de dossier RMI à la CAF
est très facile. La manne fabuleuse de tous les RMI
frauduleusement encaissée enfin sous contrôle, permettra
de refaire du social à l'endroit.
Sortir de l'assistance ?
Toujours à propos du RMI, je vous signale qu'aujourd'hui il est
devenu pratiquement impossible de sortir de l'assistance : c'est au
moment où vous retrouvez un emploi que vous subissez un
véritable harcèlement administratif, tel qu'un budget
familial à peine équilibré avec 500 €
mensuels se retrouve instantanément avec en déficit de
2000 €, simplement en reprenant une activité ! Cas
vécu, demandez à Natacha ! Cette dette, toute virtuelle
au bout de 6 mois, se résume à 500 €
épongés par un fond de solidarité des bailleurs
sociaux, mais en attendant, quelles angoisses et découragement
devant l'imperméabilité des services administratifs !...
Dans ce pays, on préfère coincer les gens dans
l'assistance, plutôt que de mettre la solidarité à
l'endroit autour des gens qui veulent travailler, Le COMBLE !
Après la France au SMIC, maintenant (nons) la France au RMI ? NON !
Je peux continuer sur les CAF ouilles et signaler sur un ton plus
léger, une dernière incohérence kafkaïenne
qui concerne les médecins. Une de mes patiente travaille
à la CAF. J'ai rempli pour ses enfants, le formulaire en
dupliquer de l'examen des 2 ans. Je le retrouve quelques mois
après dans le carnet de santé de son fils. Je me permets
de lui faire la remarque que j'ai passée du temps pour remplir
ce document, et que, travaillant sur place, il ne lui était pas
insurmontable de le déposer. Elle me répond alors :
« Si vous saviez ce que l'on en fait docteur : depuis 3 ans, on
les met directement au laminoir ! »
De qui se moque-t-on dans ce pays ?
Faut-il encore parler de l'API, qui fait sortir des filles de leur
famille, constituant depuis une génération des structures
monoparentales dépendantes des allocations ? Faire rêver
autour de l'idée qu'on peut gagner sa vie sans
travailler… ?
Le travail étant la force et la dignité de l'être
humain, cela ne m'étonne pas qu'il soit devenu soi-disant si
rare dans ce pays !
La solidarité autour de la fragilité : oui ! Mais une
société d'assistés : non ! Qu'on mette donc des
cotisations URSSAF sur les robots et les ordinateurs ! Il n'y a que le
travail humain qui soit taxé ! qu'on ne nous fasse pas croire
qu'il n'y a pas de travail dans ce pays, rien qu'à voir les
files d'attente partout…. Sauf pour ceux qui maîtrisent
Internet.
Le système soviétisé de France par Giscard (dont
la seule ambition clairement annoncée n'était que «
d'AVOIR » 2 français sur 3 !) belle démagogie et
beau projet politique !
Malheureusement la gauche a enfoncé le clou par manque de
courage et peur de l'opinion. Votre morceau d'accordéon
faussement populaire, Monsieur Giscard, a assez duré : et quand
je pense, qu'après la France démantibulée on vous
retrouve à la tête de l'Europe, ça me fait peur !
PASSONS MAINTENANT A VOUS MONSIEUR LE PREFET !
Ou plutôt à ceux qui vous chapeautent
puisque vous venez d'arriver dans le département…
LA SANTE PUBLIQUE
Si l'on considère le nombre de courriers reçus de la
préfecture au mois de juillet, pour vos conseils avisés
en matière de canicule pour protéger les personnes
âgées, on s'aperçoit que vous débordez
d'amour pour cette catégorie de personnes. C'est bien.
Ce que j'ai remarqué moi, à l'échelon de mon
cabinet, c'est un ravage cette année chez les jeunes actifs.
Ça m'étonnerait que vous n'ayez pas de statistiques dans
ce sens. Regardez la rubrique des décès, pendant cette
période : que des gens jeunes ! J'ai vu une femme de mon
âge, 52 ans qui a travaillé par 47°. Les gens
faisaient malaises sur malaises et le médecin du travail,
contacté par le comité d'entreprise, n'a rien fait. J'ai
signalé tout ça au médecin coordinateur du Gisma
le 13 octobre, sans aucune réponse de sa part ? …
Santé publique encore :
Je remarque que le gouvernement a beaucoup d'attention pour les
fumeurs. Il me semble que la première action efficace en ce sens
serait d'imposer aux fabricants d'enlever toutes les cochonneries
ajoutées au tabac et qui assurent la dépendance des
fumeurs dont je suis. La cigarette ne serait pas plus toxique qu'une
saucisse de barbecue ! On ne choisit pas d'avoir un problème
avec le stade oral du développement psychologique ! Tout le
monde n'est pas prêt, non plus, à se mettre sous
anti-dépresseurs. C'est le petit mal qui fait du bien !
Au lieu de ça, on fait marcher la planche à billet des buralistes…
Pauvres buralistes, la cible !
Sécurité publique et misère psychiatrique dont notre département est exemplaire :
Le chef du Cabinet du maire me signale que la police municipale est
souvent sollicitée à la même adresse, par un fou,
connu de l'hôpital psychiatrique qui remue le quartier et qui
fait péter les plombs à son voisin. Il me semble qu'en
contactant l'hôpital et le psychiatre responsable de lui à
sa sortie, il sera facile de la faire prendre en charge de façon
spécialisée. Mais non, depuis la réforme du
placement en psychiatrie de 1990, soi-disant pour protéger
contre le placement abusif, le psychiatre perd toute autorité
sur son fou à la sortie. On me dit de me tourner vers les deux
médecins de la DASS pour signaler cette situation insupportable.
Une lettre est adressée par le maire aux médecins en charge. Aucune réponse.
Devant la répétition de la situation, le chef du cabinet
alerte vos services sans plus de manifestation. En fait, il faut le
coup de Boule de Zidane des voisins délictueux pour que
ça bouge ! Pas étonnant de voir s'installer tous ces actes de folie et de misère
psychiatrique dont tous se repaissent ! Il ne manque plus que
d'inventer la télé réalité de la
misère avec suicide garanti en direct …
Dans le même ordre d'idée, je me souviens avoir perdu une
matinée entière pour faire hospitaliser une
schizophrène en état de malaise. Il fallait être
motivé par l'intérêt que j'avais pour elle et pour
sa souffrance et par sa famille qui ne l'a jamais
lâchée… Comment organiser la
désobéissance civile autour de lois qui ont l'apparence
de la justice mais qui organisent la pagaille et laissent les grands
fous et les grands psychopathes limites !?!?
Dans ce même ordre de réflexion, j'ai un patient qui se
plaint de son voisin du dessus qui lui fait une vie impossible. Depuis
trois mois, il est sous bêtabloquant pour une hypertension qui
s'est manifestée par le fait de son énervement. Il va se
plaindre à son bailleur, qui lui propose un
déménagement. C'est un homme calme et sans
antécédent qui est simplement excédé par
une situation insupportable. Je lui demande s'il décide de
déménager. Il me répond, qu'après
réflexion, il préfère rester où il est et
prendre son médicament pour supporter son inconfort de vie, car
il pense, justement, que la même situation peut se reproduire
ailleurs. Entre temps, il aura perdu 2000 € pour
déménager sans garantie !
Voilà où l'on en est ! On prend tout sur la gueule
à s'en rendre malade dans ces poches de misère sociale et
d'abdication de l'autorité ! Est-ce la liberté ?
Les expulsions sarkosiennes
J'ai constaté que l'on inquiète des gens en situation
transparente et qui ne sont pas clandestins. Les trafiquants,
inexistants sur vos fiches, sont à l'abri de vos instances.
Aujourd'hui les négriers, passeurs, sont nègres !
Je n'en dirai pas plus car je suis tenue au secret professionnel !
La Didams
Une dernière remarque concernant vos prérogatives : je
vois que les grands malheureux, aujourd'hui, n'osent plus s'adresser
à vos services sociaux par peur de rétorsion : placements
d'enfants, plans de surendettement, j'en passe et des meilleures.
Le système tourne à l'envers !
J'en viens enfin à des considérations moins
généralistes et plus locales, celles qui ont
motivé ma démission :
Je vous informe que j'ai adressé au DRH de la
municipalité le 11 octobre 2006 une lettre en recommandé,
avec copie à madame la directrice générale des
services et à monsieur le maire. Je vous joins cette lettre en
pièce jointe. Je vous signale qu'à ce jour, ce courrier
est toujours sans réponse. Pour votre information, je joins
aussi un courrier de la CFDT adressé au maire de la commune à mon encontre.
En fait, je réclame des sanctions exemplaires contre des
personnels administratifs incompétents et tout puissants par
leur statut quand ils font mentir la parole politique.
J'estime que cela est gravissime ! Je comprends bien que cette affaire
tombe mal pour le maire qui va bientôt
entrer en campagne et qu'il est politiquement incorrect de se mettre
les syndicats à dos dans une période aussi
stratégiquement importante....
En conclusion
Le projet que j'ai réalisé avec le plus de plaisir et de
bonheur fut l'Epicerie sociale.
« Merci à
toutes les bonnes volontés qui ont fait tourner la machine
».
Mariannes de ce pays, chrétiennes, musulmanes, bouddhistes,
athées, païennes, agnostiques, juives : gardez vos voiles
sur la tête, si ça vous fait rire, mais soulevez vos jupes
pour vous faire féconder par l'amour de la justice.
Ce pays sera Ethique ou ne sera plus : 6e, 7e, 8e et 9e républiques : inutile!
Joëlle
PS : pardon pour les fautes d'orthographe s'il y en a, c'est une
séquelle de la méthode globale. Mais en principe, il ne
devrait pas y avoir de faute de sens.